Compte-rendu de la visite guidée de l'ouvrage du Four à Chaux :
Jeudi 23 avril, le président de l'Association des Amis de la Ligne Maginot d'Alsace (AALMA) nous accueille et nous accompagne durant plus de 2 heures pour découvrir l'ouvrage du Four à Chaux, un des sites majeurs de laLigne Maginot d'Alsace.Il est nécessaire d'introduire le contexte de la ligne Maginot avant d'aborder la description de l'ouvrage du Four à Chaux.
Ligne Maginot en bref
Entre 1930 et 1940 la France a érigé un vaste système de fortifications connu sous le nom "Ligne Maginot", André Maginot, ministre de la guerre de 1930 à 1932 lui a légué son nom pour la postérité. Ces fortifications ont couvert nos frontières des rivages de la mer du Nord à ceux de la Méditerranée y compris en Corse. Trois périodes pour réaliser cette Ligne Maginot :
1. De 1925 à 1929 études et avant-projets réalisés par la Commission d'Organisation des Régions Fortifiées, CORF, composée de généraux et d'officiers supérieurs des trois armes (infanterie, artillerie, génie).
2. De 1930 à 1935, construction de l'essentiel : grands ouvrages souterrains, grandes casemates d'intervalle, ouvrages d'infanterie, abris, observatoires, casernements. mise en fabrication des équipements (cuirassements, armements, etc...)
3. De 1935 à 1940, construction de blockhaus, de casemates simplifiées instituées par la Section Technique de Génie, travaux réalisés à l'économie (impact de la crise financière de 1929).
Quelques chiffres :
Une ligne fortifiée longue au total de quelque 700 km, 105 km cumulés de galeries souterraines sur toute la Ligne Maginot.
Sur les frontières du Nord et du Nord-Est, 58 ouvrages importants (forts d'artillerie et d'infanterie), plus de 400 grandes casemates, abris pour réserves d'infanterie et observatoires isolés. Dans les Alpes en raison de la menace italienne, 50 ouvrages importants dont 23 avec artillerie.
Ouvrage du Four à Chaux
Son nom provient d’un ancien four à chaux vive présent sur le lieu de construction. Ce gros ouvrage d’artillerie (enfoui à 30 mètres sous terre), est construit au début des années 1930 près de Lembach (Bas-Rhin), sur un relief escarpé et étroit qui a conditionné sa forme « compacte ». en ce sens que ses 2 entrées (hommes et munitions) se trouvent à proximité immédiate des 6 blocs de combat, contrairement aux préconisations faites par la Commission d'Organisation des Régions Fortifiées. De plus la dénivellation entre l'entrée des munitions et les 6 blocs de combat a nécessité la réalisation d'un plan incliné ascendant unique dans le Nord-Est. Celui-ci long de 90 mètres avec une pente de 25 %, est équipé d'une benne à cabine et d'un treuil électrique au niveau supérieur. Un escalier de 215 marches le longe latéralement. Toujours en raison du relief du site et de l'étagement des galeries, l'entrée des hommes se trouve de plain-pied, cette disposition est aussi unique, toutes les autres entrées des hommes des ouvrages du Nord-Est étant en puits ou en pente faible.
Les galeries sont équipées d'une voie de 0,60 m sans traction électrique, les wagonnets y sont poussés par les soldats. L'ouvrage dispose d'un système de ventilation, les communications entre les postes de combat et le poste de commandement se font par liaisons téléphoniques. En 1940, le Four-à-Chaux dispose de 580 hommes, il participe à la défense du secteur pendant la campagne de France, subissant des bombardements et des dégâts, (selon les archives, l'ouvrage a reçu environ 120 bombes de stukas (avion allemand) de 50 à 120 kg). L'ennemi n'a jamais pénétré dans cet ouvrage durant les 43 jours de guerre.
Après l’armistice, il est désarmé puis fait l’objet de réparations prioritaires par le génie militaire français vers 1950 dans le cadre d'une remise en état de la Ligne Maginot (Guerre Froide). En 1955, il retrouve à peu près son aspect de 1939, hormis la galerie du bloc1 fortement endommagée par des essais de destruction des Allemands, cette partie ne sera jamais rénovée. Déclassé avec l’évolution de la doctrine militaire. il est concédé au Syndicat d'Initiative de Lembach, l'ouvrage est ouvert au public en 1983. Aujourd'hui, le four à chaux est visité par environ 20.000 personnes par an.
Déroulement de notre visite :
La visite commence par l'entrée des hommes située de plain-pied (voir photos 1 et 2) pour découvrir l'organisation de la vie dans cet ouvrage.
Les cuisines : Entièrement électriques et ultra-modernes pour l'époque, conçues pour nourrir la garnison en totale autonomie (photo 3).
Les dortoirs et sanitaires : L'organisation des lits à rotation ( photo 4, 1 couchette pour 3 hommes fonctionnement en 3 quarts comme dans les sous-marins)
L'infirmerie et son bloc opératoire : (photo 5) Équipés pour soigner les blessés à l'abri des bombardements, alimentés en eau pure par un puits artésien creusé à 214 mètres de profondeur.
Ensuite on découvre le PC et le central téléphonique (photo 6). C'est ici que les officiers recevaient les informations des observatoires extérieurs et calculaient les angles de tir pour l'artillerie. Une montée d'escaliers permet d'accéder à l'un des blocs de combat (le bloc 2 voir photo 7 ). On a pu assister à une démonstration de mise en batterie de la tourelle d'artillerie escamotable de 75 mm. (photos 12 et 13). Le mécanisme d'époque, parfaitement restauré, tourne et s'élève, un fond sonore accompagne cette démonstration pour nous faire comprendre l'intensité des bruits supportés par les soldats.
On quitte la zone des combats située en hauteur par rapport à l'entrée des munitions en descendant les 215 marches qui longent le plan incliné (photos 14 à 17).
Arrivé en bas, nous découvrons l'usine électrique. Ses imposants moteurs diesel d'époque (des groupes électrogènes de secours photos 18 et 19) permettaient de fournir l'électricité, la lumière et surtout de faire tourner le système de ventilation et de filtrage de l'air en cas d'attaque par gaz chimiques.
Cette visite a permis une immersion totale dans le quotidien des soldats et d'appréhender la technicité incroyable de cette forteresse de montagne.
Compte-rendu de la visite guidée de l'ouvrage du Four à Chaux :
Jeudi 23 avril, le président de l'Association des Amis de la Ligne Maginot d'Alsace (AALMA) nous accueille et nous accompagne durant plus de 2 heures pour découvrir l'ouvrage du Four à Chaux, un des sites majeurs de la Ligne Maginot d'Alsace. Il est nécessaire d'introduire le contexte de la ligne Maginot avant d'aborder la description de l'ouvrage du Four à Chaux.
Ligne Maginot en bref
Entre 1930 et 1940 la France a érigé un vaste système de fortifications connu sous le nom "Ligne Maginot", André Maginot, ministre de la guerre de 1930 à 1932 lui a légué son nom pour la postérité. Ces fortifications ont couvert nos frontières des rivages de la mer du Nord à ceux de la Méditerranée y compris en Corse. Trois périodes pour réaliser cette Ligne Maginot :
1. De 1925 à 1929 études et avant-projets réalisés par la Commission d'Organisation des Régions Fortifiées, CORF, composée de généraux et d'officiers supérieurs des trois armes (infanterie, artillerie, génie).
2. De 1930 à 1935, construction de l'essentiel : grands ouvrages souterrains, grandes casemates d'intervalle, ouvrages d'infanterie, abris, observatoires, casernements. mise en fabrication des équipements (cuirassements, armements, etc...)
3. De 1935 à 1940, construction de blockhaus, de casemates simplifiées instituées par la Section Technique de Génie, travaux réalisés à l'économie (impact de la crise financière de 1929).
Quelques chiffres :
Une ligne fortifiée longue au total de quelque 700 km, 105 km cumulés de galeries souterraines sur toute la Ligne Maginot.
Sur les frontières du Nord et du Nord-Est, 58 ouvrages importants (forts d'artillerie et d'infanterie), plus de 400 grandes casemates, abris pour réserves d'infanterie et observatoires isolés. Dans les Alpes en raison de la menace italienne, 50 ouvrages importants dont 23 avec artillerie.
Ouvrage du Four à Chaux
Son nom provient d’un ancien four à chaux vive présent sur le lieu de construction. Ce gros ouvrage d’artillerie (enfoui à 30 mètres sous terre), est construit au début des années 1930 près de Lembach (Bas-Rhin), sur un relief escarpé et étroit qui a conditionné sa forme « compacte ». en ce sens que ses 2 entrées (hommes et munitions) se trouvent à proximité immédiate des 6 blocs de combat, contrairement aux préconisations faites par la Commission d'Organisation des Régions Fortifiées. De plus la dénivellation entre l'entrée des munitions et les 6 blocs de combat a nécessité la réalisation d'un plan incliné ascendant unique dans le Nord-Est. Celui-ci long de 90 mètres avec une pente de 25 %, est équipé d'une benne à cabine et d'un treuil électrique au niveau supérieur. Un escalier de 215 marches le longe latéralement. Toujours en raison du relief du site et de l'étagement des galeries, l'entrée des hommes se trouve de plain-pied, cette disposition est aussi unique, toutes les autres entrées des hommes des ouvrages du Nord-Est étant en puits ou en pente faible.
Les galeries sont équipées d'une voie de 0,60 m sans traction électrique, les wagonnets y sont poussés par les soldats. L'ouvrage dispose d'un système de ventilation, les communications entre les postes de combat et le poste de commandement se font par liaisons téléphoniques.
En 1940, le Four-à-Chaux dispose de 580 hommes, il participe à la défense du secteur pendant la campagne de France, subissant des bombardements et des dégâts, (selon les archives, l'ouvrage a reçu environ 120 bombes de stukas (avion allemand) de 50 à 120 kg). L'ennemi n'a jamais pénétré dans cet ouvrage durant les 43 jours de guerre.
Après l’armistice, il est désarmé puis fait l’objet de réparations prioritaires par le génie militaire français vers 1950 dans le cadre d'une remise en état de la Ligne Maginot (Guerre Froide). En 1955, il retrouve à peu près son aspect de 1939, hormis la galerie du bloc1 fortement endommagée par des essais de destruction des Allemands, cette partie ne sera jamais rénovée. Déclassé avec l’évolution de la doctrine militaire. il est concédé au Syndicat d'Initiative de Lembach, l'ouvrage est ouvert au public en 1983. Aujourd'hui, le four à chaux est visité par environ 20.000 personnes par an.
Déroulement de notre visite :
La visite commence par l'entrée des hommes située de plain-pied (voir photos 1 et 2) pour découvrir l'organisation de la vie dans cet ouvrage.
Les dortoirs et sanitaires : L'organisation des lits à rotation ( photo 4, 1 couchette pour 3 hommes fonctionnement en 3 quarts comme dans les sous-marins)
L'infirmerie et son bloc opératoire : (photo 5) Équipés pour soigner les blessés à l'abri des bombardements, alimentés en eau pure par un puits artésien creusé à 214 mètres de profondeur.
Ensuite on découvre le PC et le central téléphonique (photo 6). C'est ici que les officiers recevaient les informations des observatoires extérieurs et calculaient les angles de tir pour l'artillerie. Une montée d'escaliers permet d'accéder à l'un des blocs de combat (le bloc 2 voir photo 7 ). On a pu assister à une démonstration de mise en batterie de la tourelle d'artillerie escamotable de 75 mm. (photos 12 et 13). Le mécanisme d'époque, parfaitement restauré, tourne et s'élève, un fond sonore accompagne cette démonstration pour nous faire comprendre l'intensité des bruits supportés par les soldats.
On quitte la zone des combats située en hauteur par rapport à l'entrée des munitions en descendant les 215 marches qui longent le plan incliné (photos 14 à 17).
Arrivé en bas, nous découvrons l'usine électrique. Ses imposants moteurs diesel d'époque (des groupes électrogènes de secours photos 18 et 19) permettaient de fournir l'électricité, la lumière et surtout de faire tourner le système de ventilation et de filtrage de l'air en cas d'attaque par gaz chimiques.
Cette visite a permis une immersion totale dans le quotidien des soldats et d'appréhender la technicité incroyable de cette forteresse de montagne.